Littérature québécoise








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II



La commère !


Yvonne Latour était une petite vieille maigre à la figure de fouine.

En la voyant, Brien pensa :

– Il ne lui manque que le manche à balai pour en faire une classique sorcière apeureuse de petits enfants.

– Monsieur... ? fit-elle. Albert fit rapidement voir sa badge.

– Oh, un détective ! Entrez, monsieur, mais entrez donc...

Comme il s’asseyait dans un fauteuil, elle lui dit :

– Je crois deviner le but de votre visite.

Brien tressaillit :

– Dites donc pour voir...

– Ce ne serait pas à propos des choses étranges, des mystères macabres qui se passent chez les Prescott ?

– Que se passe-t-il au juste ?

– Je viens de voir Docile Truro se laisser embrasser de façon indécente par le blanc-bec Adrien Perron. Mais avant cela il s’en était passé une autre, et meilleure celle-là.

– Quoi donc ?

– Une vraie scène d’amour entre Perron et madame Prescott. Une femme mariée, c’est dégoûtant, n’est-ce pas ?

– En effet, concéda Brien qui reprit :

– C’est après cette première scène que Docile eut la seconde avec la dernière édition du casanova ?

– Oui ; et elle avait pris la peine de revêtir la robe que portait sa sœur lors de la première scène.

– Pourquoi ?

– Vous ne comprenez pas ?

– Vaguement...

– Mais c’était pour me tromper, m’induire en erreur, me faire croire que la scène première avait été jouée par Docile et non par Angéline.

– D’où vous concluez... ?

– Que c’est madame Prescott et non Docile qui est en amour avec Adrien Perron.

– Alors vous croyez que Docile sert de pare-choc, de couverture à sa sœur Angéline ?

– Justement. Que pensez-vous de mon idée ?

Brien sourit :

– Elle est pour le moins originale.

À ce moment un grincement de freins appliqués trop violemment parvint à leurs oreilles, suivi d’un bang déchirant.

Brien et la vieille se précipitèrent vers une fenêtre et regardèrent en bas dans la rue.

Un coupé venait de donner contre la grosse remorque d’un camion.

Deux hommes étaient à sortir du coupé la victime de l’accident.

Ils transportèrent l’inconnu avec grand soin dans leur camion et partirent pour l’hôpital sans doute.

Quelques instants...

Puis...

Une automobile freina rageusement et s’arrêta près de la porte d’entrée de la maison d’Herbert Prescott.

Brien s’écria :

– Ça parle au diable.

Il ouvrit la fenêtre et cria au gros balourd qui descendait de la voiture :

– Eh, Belœil, attends-moi.

C’était en effet le bedonnant Théo, de l’escouade des homicides de la sûreté provinciale, grand ami du détective privé.

Celui-ci, une fois rendu dehors, demanda :

– .Qu’est-ce qui t’amène ici ?

– Un coup de téléphone.

– De qui ?

– D’un certain monsieur...

– Qui s’appelle... ?

– Ano Nyme.

– Et ce monsieur anonyme t’a dit ?

– Qu’il était croyablement informé qu’il y avait un mort dans cette maison.

– Ah...

Belœil questionna à son tour :

– Et toi, que fais-tu ici ?

– Je protège ou du moins cherche à protéger madame Prescott que son mari menace de mort plus souvent qu’à son tour.

Belœil dit à Paulot, l’expert en empreintes, et au médecin légiste qui étaient encore assis dans la voiture officielle :

– Allons, venez, vous autres.

Ils se dirigèrent tous les quatre vers la porte ; le gros Théo appuya l’index sur le bouton et ils entendirent le bruit de la sonnerie venant de l’intérieur de la maison.

III



Un cadavre !


Ce fut Paulot, l’expert en empreintes digitales, qui fit la macabre découverte.

L’homme, recroquevillé sur lui-même, avait la tête posée sur le plancher et les bras écartés.

Il gisait ainsi au milieu d’une chambre à coucher luxueuse.

Une serviette de cuir et un chapeau étaient là près de lui.

Brien dit :

– Il se préparait à sortir au moment où il a été attaqué.

– Évidemment, fit Belœil.

Le médecin légiste, penché sur le cadavre, faisait son examen succinct et préliminaire.

Il se releva bientôt en disant :

– Trois balles dans la poitrine ; trois blessures dont chacune était mortelle. Revolver utilisé de calibre .38. La mort à une demi-heure ou trois quarts d’heure tout au plus.

Belœil remarqua :

– Je voudrais bien trouver un moyen rapide et pratique d’identifier ce cadavre.

– Facile, fit Albert. Envoyé chercher la vieille Perron en face ; elle se fera un énorme plaisir, la commère, de faire l’identification accompagnée de virulents commentaires ; car la virulence est dans sa nature.

Bientôt la vieille Yvonne arriva sur les lieux.

Quand elle vit le cadavre, elle s’écria :

– Pauvre M. Preseott...

– Ainsi ce cadavie était M. Preseott ?

– Certainement, Herbert Prescott. Pauvre lui..

Elle soupira.

Et ajouta :

– Je me doutais bien que ça finirait mal...

Les détectives tressaillirent.

Belœil demanda :

– Que voulez-vous dire, madame Perron ?

– Qu’il s’en passait de belles ici. Quand la femme d’un brave garçon comme feu monsieur Preseott a un cavalier cependant que sa sœur sort aussi avec le même homme, on peut dire que le crime est à la veille d’entrer dans la maison.

Albert fit, sarcastique :

– Vous n’y allez pas de main morte, madame ; accusez-vous à la fois Docile Truro, Angéline Prescott et Adrien Perron du meurtre de cet homme ?

La vieille répondit :

– Non, je n’accuse pas Angéline, puisqu’il y a deux heures qu’elle est partie.

– Comment savez-vous que le meurtre a été commis depuis moins de deux heures ?

– C’est le policier qui est venu me quérir chez moi qui me l’a dit.

– Très bien ; mais qu’alliez-vous donc dire quand je vous ai malencontreusement interrompue ?

– J’allais dire que dans cette affaire je ne donnerais pas le bon Dieu sans confession à Docile et à Adrien.

– Hein ? fit Belœil.

– Pourquoi ? demanda Brien.

– Parce que ce sont ces deux-là qui ont caché le revolver.

Un silence lourd plana pendant quelques instants sur la pièce.

Le gros Théo le rompit :

– Le revolver ? Quel revolver ? Expliquez-vous...

– Bien, j’étais assise à ma fenêtre de l’autre côté de la rue. Je vis de mes yeux une magnifique scène d’amour entre Docile et Adrien. Puis ils passèrent dans une autre pièce et reparurent avec le revolver.

– Qui portait l’arme ?

– Adrien.

– Continuez, madame.

– Ils regardèrent autour d’eux dans la pièce ; soudain Docile se dirigea vers un petit cabinet à musique, en ouvrit la porte et Adrien y déposa l’arme.

Belœil commanda :

– Paulot, va chercher le revolver.

– S’il est encore là, dit l’expert.

Il sortit.

Brien, s’adressant au médecin légiste, demanda :

– Avez-vous extrait l’une des trois balles de la poitrine de la victime ?

– Une ? Mais j’ai les trois dans ma poche.

Paulot revenait, portant négligemment le revolver dans sa main droite.

– Imbécile, hurla Belœil.

Paulot tressauta :

– Il y a longtemps, dit-il en bâillant, que je te crois mûr pour l’asile d’aliénés. Enfin ça y est.

Belœil gronda :

– Un expert en empreintes qui manœuvre à mains nues une arme en détruit les empreintes et manifeste ainsi son idiotie.

– Idiot toi-même, ne comprends-tu pas que si je manipule cette arme avec négligence, c’est justement parce que je me suis préalablement aperçu qu’il n’y avait plus une seule empreinte dessus.

– Ah, fit Théo. Ainsi les empreintes ont été soigneusement effacées ?

– Oui, grosse bouze.

Paulot donna l’arme au médecin légiste qui en sentit le canon.

– Ce canon, dit-il, dégage une forte odeur de poudre ; il a servi récemment, très récemment même.

Brien demanda :

– Pouvez-vous nous dire immédiatement si ce revolver est l’arme du crime ?

– Oui, dans quelques instants vous saurez.

Le médecin tira une balle dans un épais fond de chaise ; puis il l’extirpa au moyen de ses outils de précision.

Il la passa alors au microscope, après quoi il prit une des trois balles qu’il avait dans sa poche et la soumit au même examen méticuleux.

Enfin il releva la tête et dit :

– Aucun doute possible...

– Non ?

– Non, ce revolver est l’arme du crime.

– Bien, fit Belœil, je crois que je vais arrêter Docile Truro et Adrien Perron.

– Ce serait une grave erreur, protesta Albert.

– Une erreur ? Comment ça ?

– Parce que ni mademoiselle Truro ni Perron ne sont les coupables.

– Comment le sais-tu... ?

– Mettons que c’est mon petit doigt qui me le dit. En tout cas arrête Perron si tu veux, mais n’arrête ni Docile ni Angéline, car ce sont mes clientes et elles sont innocentes

– Ah, ah, ricana Théo, et si je ne t’obéis pas... ? comme l’enfant qui vient de naître.

– Alors, je t’en préviens, ce sera la guerre, la guerre sans merci, la guerre à mort ; je démontrerai avec une cruauté mathématique ton imbécilité et ton idiotie ; la province entière rira de toi.

– C’est tout ?

– Non.

– Quoi encore ?

– Une offre : laisse-moi diriger mon enquête à mon goût et je te promets et le meurtrier et la gloire de l’arrestation et de la pendaison.

Vaincu, Belœil murmura :

– O. K., Albert.

Il reprit :

– Ne te gêne pas si tu as besoin de moi.

– J’ai justement besoin de toi tout de suite.

– Pourquoi ?

– Dès ton arrivée, il y a eu un accident à la porte ; un homme a été blessé et transporté à l’hôpital ; il me faut le nom de l’homme et celui de l’hôpital.

Dix minutes après, il l’avait.

L’homme s’appelait René Nadon.

Et il était à l’hôpital Notre-Dame.

Bientôt Brien stoppait sa voiture rue Sherbrooke est et entrait dans l’immense institution.

Une religieuse, toute vêtue de blanc, l’accueillit avec un sourire réservé.

– Pour vous, monsieur ?

– Je voudrais bien voir un patient du nom de René Nadon.

– Impossible, monsieur.

– Impossible ?

– Oui, il vient de partir.

– Son état n’était donc pas grave ?

– Non, seulement quelques éraflures, contusions et égratignures.

– Qui l’a traité ?

– Le docteur Vilandré.

– Pourrais-je voir ce médecin ?

– Mais très certainement.

Quelques instants plus tard, le docteur Vilandré se présentait.

– Nadon ? dit-il, ah, oui, il vient de partir. Il y avait quelque chose de singulier, de bizarre, dans son attitude. Il a mentionné à trois ou quatre reprises que l’accident avait été causé par le spectacle terrifiant qu’il avait vu à une fenêtre de la maison d’un certain monsieur Prescott...

– A-t-il décrit le spectacle en question ?

– Non.

– Lui avez-vous demandé de le faire ?

– Naturellement que oui.

– Malgré cela il a refusé ?

– Oui.

– A-t-il dit pourquoi ?

– Il a prétendu que le spectacle était trop épouvantable pour qu’il le décrivit.

– Ses blessures n’étaient pas graves, n’est-ce pas ?

– Oh, non, des riens.

– Bien, merci beaucoup, docteur, excusez-moi de vous avoir dérangé.

– Oh, pas de faute, monsieur...

Le détective privé reprit :

– Je crois bien cependant d’avoir à vous déranger une autre fois encore.

– Oui ?

– Oui, pour l’enquête du coroner.

– Quelle enquête ?

– L’enquête sur le meurtre de Prescott dont vous venez de mentionner le nom.

– Ah...

Sur ce, Brien salua la religieuse et le médecin et sortit.
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