Littérature québécoise








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V



Madame Nadon


Rendu à l’extérieur, il monta dans sa voiture quand un juron lui échappa.

Il avait oublié quelque chose.

Quoi ?

Il lui fallait retourner à l’hôpital pour le savoir.

De nouveau il stoppa rue Sherbrooke, près Papineau.

Entra.

Même religieuse.

Même sourire affable.

Elle demanda :

– Qu’est-ce cette seconde fois ?

– Il s’agit encore de René Nadon.

– Que désirez-vous savoir à son sujet ?

– Seulement son adresse ; l’avez-vous ?

– Je crois que oui.

La bonne Sœur se mit à fouiller dans les filières, sortit finalement une carte et dit :

– 17 rue Saint-Louis, Valois.

– Merci.

De nouveau il sauta dans sa voiture, monta jusqu’au boulevard Grémazie, le prit et aboutit enfin au boulevard Métropolitain qui le conduisit à Valois.

Il frappa à la porte de 17 Saint-Louis.

Une femme d’un certain âge vint lui répondre :

– Monsieur... ?

– Vous êtes madame Nadon ?

– Oui, monsieur.

– Albert Brien, détective... Votre mari est-il ici ?

– Non.

– J’aurais à vous causer, madame ; puis-je entrer ?

– Mais très certainement..

Elle fit passer le visiteur dans un grand salon double.

– Détective, je vous écoute.

– Bien, madame, que fait votre mari au juste ?

– Il est détective comme vous, M. Brien.

– Ah... à quelle affaire travaille-t-il en ce moment ?

– Il a été engagé par l’association des compagnies d’assurance contre l’incendie.

– Quel est son travail au juste ?

– Cela, je n’en sais rien ; son travail étant de nature confidentielle, il ne m’en souffle jamais le moindre mot.

Elle ajouta en souriant :

– Vous connaissez la mauvaise réputation de bavardage qu’ont les femmes ?

– Oui.

Brien corrigea galamment :

– Mais cette réputation est la plupart du temps imméritée.

– Merci bien.

Avant de quitter madame Nadon, Brien lui demanda :

– Vous connaissez l’adresse exacte de cette association de compagnies d’assurances ?

– Oui.

– Où est-ce ?

– 421 rue Sainte-Hélène.

– Ah, dans le quartier des affaires du bas de la ville ?

– Justement.

Une demi-heure plus tard le détective national des c. f. entrait dans le bureau de l’association et demandait ù parler au gérant.

Celui-ci le reçut presque tout de suite.

Après s’être identifié, Albert demanda :

– Vous connaissez sans doute René Nadon ?

– Mais oui.

– Il travaille pour votre association ?

– Oui.

– Continuellement ?

– Non, de temps en temps. Il est actuellement à solutionner un problème grave et délicat.

– Pourriez-vous me mettre au courant ?

– C’est que l’affaire est strictement confidentielle.

Brien sourit :

– Je crois qu’il vaut mieux que je vous révèle d’abord ce que je sais ; après vous jugerez vous-même si c’est ou non votre devoir de parler.

– Très bien, allez.

Albert relata :

– Nadon est parti ce matin de sa résidence à Valois à son heure habituelle et est venu à Montréal. Comme il passait devant la demeure d’Herbert Prescott...

En entendant ce nom, le gérant de l’association des compagnies d’assurances ne put retenir un tressaillement.

Brien le vit et demanda :

– Qu’y a-t-il ?

– Continuez votre récit ; nous verrons bien après.

– Bien ; donc en passant devant la maison de Prescott, son regard fut attiré par certain terrifiant spectacle qui se déroulait à ce que j’appellerai pour les besoins de la cause la fenêtre de la peur.

– Quel spectacle au juste ?

– Je n’en sais encore rien. Toujours est-il que sa distraction faillit lui être fatale.

– Fatale ?

– Oui ; son auto entra en collision avec la remorque d’un camion. On le transporta à l’hôpital. Quand j’y arrivai cependant, il en était déjà sorti.

Le détective privé questionna :

– Il n’est pas venu aujourd’hui ?

– Non.

– Aurait-il dû se rapporter ici ?

– Oui, nous avions même une conférence de cédulée pour midi et demi. Il ne s’est pas rendu au rendez-vous.

– Était-ce dans ses habitudes de manquer ainsi de parole ?

– Oh, non, Nadon était exact et précis comme une montre de chemin de fer. C’est étrange. Albert approuva :

– Il lui est certainement arrivé quelque chose depuis sa sortie de l’hôpital ; sans cela il serait sans doute ici en ce moment.

– D’ailleurs cet accident sent le crime à cinq lieues à la ronde.

Il reprit après une courte pose :

– Voilà ce que je sais ; allez-vous maintenant me révéler ce que vous savez vous-même ?

– Oui, depuis sept mois, il y a eu, dans la métropole, 103 incendies qui, nous en sommes à peu près sûrs, ont été allumés par une main criminelle.

– Toujours la même main ?

– Oui, mais l’incendiaire est infernalement habile. C’est à cette affaire que travaille présentement René Nadon.

– Pourquoi avez-vous tressailli tout à l’heure à la mention du nom d’Herbert Prescott ?

– Pour deux raisons.

– La première ?

– C’est que dans les 103 feux, les ajustements ont été faits par la firme d’ajusteurs Prescott & Lalande.

– Et la seconde raison ?

– Herbert Prescott nous a offert de nous vendre les preuves qui enverraient l’incendiaire en prison.

– Vous vendre ?...

– Oui.

– Pour combien ?

– $10 000.

– Fiou, ce n’est pas des peanuts, ça.

– Je considère le prix très raisonnable en regard de la perte de près d’un demi-million que ces 103 incendies criminels nous font perdre.

– Pouvez-vous me dire ce que faisait Nadon devant la demeure de Prescott ?

– Oui, il allait annoncer à Prescott que nous acceptions son offre de mouchardise envers son associé Lalande et le mystérieux incendiaire.

D’une voix grave, Albert murmura :

– Nadon serait arrivé trop tard...

– Que voulez-vous dire ?

– Que Prescott est mort.

– Hein ? ? ?

Le gérant venait de se lever d’un bond.

Brien précisa :

– Mort assassiné.

Albert commenta :

– Sans aucun doute, c’est le mystérieux incendiaire qui est notre meurtrier.

– Mais que pensez-vous de Lalande lui-même comme assassin ?

– Non, M. le gérant.

– Pourquoi ?

– Il faisait faire ses incendies par un autre ; il est logique de conclure que c’est aussi cet autre qui a tué.

– En effet.

Le détective national des c. f. quitta le bureau de l’association pour se rendre au sien propre.

Rosette était là.

Elle l’accueillit par une imprécation :

– Imbécile, dit-elle.

– Tu es charmante aujourd’hui, ma femme.

– Tu n’aurais pas pu, non, appeler de temps en temps ici. Il peut y avoir dans cette affaire d’autres développements que ceux que tu provoques directement toi-même.

– Cesse donc tes circonlocutions et viens-en au point.

– Angéline et Docile sont ici.

– Ah, tiens, je les avais oubliés celles-là.

– Et ce sont tes clients ! Bientôt, espèce de bourde, tu oublieras qu’il faut de l’argent pour vivre.

Albert demanda :

– Où sont-elles ?

– Dans ton bureau privé ; et vas-y délicatement.

– Pourquoi donc ?

– Mais elles sont à demi-mortes de peur.

– De peur ?

– Oui, elles se prétendent victimes d’un odieux frame-up ; on veut, disent-elles, les accuser du meurtre de Prescott.

Brien s’écria :

– Mais c’est de l’histoire ancienne, ça.

– Comment ?

– Ni elles ni Adrien Perron ne sont coupables ; la cause achève ; je connais même l’assassin.

– Alors va le leur dire et les rassurer.

C’est ce qu’il fit.

En entrant dans le bureau, Albert vit que les pauvres petites avaient le visage ravagé par les larmes.

Il leur chatouilla amicalement le menton et dit d’un ton enjoué :

– Allons, Angéline, allons, Docile, faites une petite risette à papa. Je connais l’assassin ; il sera arrêter au cours de l’enquête du coroner. Il ne subsiste pas l’ombre d’un danger pour vous, mes petites.

Le détective fut tout de suite récompensé de deux sourires radieux.

S’adressant ensuite à Docile, il lui dit :

– C’est à cause de votre mensonge que vous avez failli être arrêtées toutes deux ; car Belœil déduisit sans doute que le mensonge est le paravent derrière lequel se cachent généralement les criminels et les meurtriers en particulier.

– Quel mensonge ? questionna Docile.

– Avouez donc que vous n’avez jamais été en amour avec Adrien Perron, et que ce simulacre n’était que de l’actage pour protéger votre sœur contre la meurtrière jalousie de son mari...

Docile baissa les yeux et, toute rougissante, avoua :

– Vous avez raison, M. Brien.

Celui-ci se mit à ruminer, à se parler à lui-même :

– Drôle d’affaire ; elle commence comme un crime passionnel, puis elle évolue, évolue, se transforme peu à peu en un sordide meurtre d’argent...

Le téléphone sonna.

– Allô, fit Brien.

Belœil, à l’autre bout de la ligne, dit :

– Albert ?

– Oui.

– Viens tout de suite à l’angle du boulevard Pie IX et de la côte Saint-Michel. Il y a un développement très grave.

– Quoi donc ?

Clic.

Trop tard.

Le gros Théo avait raccroché.
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