Littérature québécoise








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VI



Second cadavre !


À son arrivée coin Pie IX et côte Saint-Michel, Brien vit une automobile qui finissait de brûler.

Près de la voiture, Belœil, Paulot et le médecin légiste étaient penchés sur le cadavre qui gisait dans l’herbe d’un champ.

Le gros Théo demanda au docteur :

– Depuis combien de temps est-il mort ?

– Le cadavre a acquis la rigidité cadavérique ; je dirai donc qu’il est mort depuis environ 3 heures.

– Curieux, il n’y a certainement pas trois heures que cette auto brûle ; car si tel était le cas, le feu serait éteint faute de matière à combustion.

Albert intervint :

– Selon toi, Belœil, le cadavre conduisait le char ?

– Je crois que oui.

– Non, fit Paulot.

– Pourquoi non ?

– D’abord parce que c’est un non-sens de prétendre, qu’un cadavre puisse conduire ailleurs que vers le ciel, le purgatoire ou l’enfer ; ensuite parce qu’un cadavre ne peut effacer les empreintes qui se trouvaient sur le volant de la voiture.

– Ah, ah, fit Brien, il n’y a plus d’empreintes ?

– Non.

– C’est logique de déduire alors qu’une tierce personne, après avoir commis le meurtre, a transporté la victime ici, a effacé les empreintes que le feu n’aurait peut-être pas toutes détruites et a vamoosé.

Albert reprit :

– Mais qui est-ce que c’est que ce gas-là ?

– C’est vrai, tu ne sais pas encore, fit Belœil.

Paulot s’empressa de révéler :

– S’il faut en croire ses papiers, c’est René Nadon.

– Le détective de l’association des compagnies d’assurances !

– Oui.

Brien se pencha longuement sur le cadavre et lui examina le visage.

À la fin, il dit :

– Pas de doute possible, c’est Nadon. Théo demanda :

– Comment le sais-tu ?

– Sa femme m’a montré son portrait lors de ma toute récente visite au logis du défunt à Valois.

– Je comprends.

Belœil continua :

– Selon toi, Albert, qui l’a tué ?

– Le même assassin que dans le cas Prescott.

– Ainsi tu penses comme moi ?

– Que nous ne sommes pas en présence de deux affaires différentes, mais d’une seule et même cause ? Si c’est cela que tu penses, mon gros, tu as raison.

Belœil demanda au détective privé :

– Tu connais l’identité de l’assassin ?

– Je crois que oui.

– Que vas-tu faire alors ?

– L’enquête du coroner est fixée à demain à dix heures dans l’affaire du meurtre de Herbert Prescott ?

– Oui.

– Eh bien, je vais voir le coroner Leduc et lui demander quelques faveurs...

– Quoi donc ?

– D’abord de faire l’enquête Prescott et l’enquête Nadon en même temps.

– Et puis ?

– Tu connais l’avocat Lacasse ?

– Certainement ; c’est le meilleur criminaliste au service de la couronne dans la métropole.

– Eh bien, je vais demander au coroner de laisser maître Lacasse diriger à sa guise les deux enquêtes combinées.

– C’est tout ?

– Non, je vais aller voir Lacasse et je lui donnerai mes instructions détaillées sur la façon dont il devra procéder. Belœil remarqua :

– Si tu as besoin de mon influence pour convaincre le coroner et l’avocat d’agir comme tu le veux, ne te gêne pas ; je puis aller avec toi rendre visite aux deux personnages.

Mais Albert n’était pas destiné à avoir besoin du concours du gros Théo.

En partant Brien dit :

– Théo ?

– Oui ?

– Attends-toi à la surprise de ta vie.

– Quand ça ?

– Au dernier acte de la double enquête demain matin.

– Tu es sûr de cela ?

– Aussi sûr de cela que je suis certain de la permanence de ton imbécilité et de l’éternité de ton idiotie.

Belœil se pinça comiquement le bec et dit :

– Merci bien.

VII



L’enquête


10 heures.

Le lendemain matin. À la cour du coroner, rue Saint-Vincent.

Un bruit continu de chuchotements entremêlés de petits rires discrets s’élève partout dans la pièce.

Soudain l’huissier audiencier crie :

– Silence !

Ce à quoi il ajoute :

– Levez-vous.

C’est alors que le coroner Leduc, précédé de son greffier, entra dans la salle et monta s’asseoir à son banc de magistrat.

Après le Oyez, oyez, de l’huissier, le coroner dit :

– Ce matin, selon la loi criminelle britannique, j’ai décidé de suivre une procédure très peu usitée mais non tombée en désuétude.

« On m’a demandé de tenir deux enquêtes simultanées ; pour des raisons qui deviendront peu à peu évidentes en cours de route, je n’ai pas cru devoir refuser cette demande.

« Comme les deux causes combinées sont d’une importance exceptionnelle et d’une très grande gravité, j’ai cru bon de faire venir ici maître Lacasse, substitut senior du procureur général de cette province et de lui laisser diriger l’affaire avec sa science et son doigté habituels.

« La séance est ouverte.

« Maître Lacasse, vous avez la parole. »

Le célèbre avocat, qui était flanqué à sa droite de Brien et à sa gauche de Belœil, se leva et dit :

– Qu’il plaise à la cour, votre seigneurie, nous tenterons au cours de cette enquête de prouver que Prescott et Nadon ont été assassinés criminellement et nous nous efforcerons avec une forte preuve de déterminer l’identité de l’assassin.

Se tournant alors vers le greffier, l’avocat Lacasse ordonna :

– Voulez-vous appeler le premier témoin...

Le greffier cria :

– Madame Herbert Prescott.

Angéline se leva et marcha d’un pas calme vers la boîte aux témoins dans laquelle elle monta.

Elle mit d’elle-même la main sur l’Évangile.

Le greffier récita distraitement la formule :

– Vous jurez de dire la vérité, rien que la vérité ; ainsi que Dieu vous soit en aide.

D’une voix nette et distincte Angéline répondit :

– Je le jure.

– Votre nom ? fit le greffier.

– Angéline Truro, mariée et veuve de Herbert Prescott.

Lacasse s’empara alors de l’interrogatoire :

– Madame Prescott, vous entendiez-vous bien avec votre mari ?

– Non.

– Pourquoi ?

– Parce que je m’aperçus bien vite qu’il ne m’avait mariée que pour mon argent.

– Dilapidait-il votre fortune personnelle ?

– Oui.

– Avez-vous protesté auprès de Prescott ?

– Oui, maintes et maintes fois.

– Que vous répondait-il ?

– Il cherchait à me faire chanter.

– Comment cela ?

– Il était jaloux de mon ancien cavalier.

– Son nom ?

– Adrien Perron.

Lacasse reprit :

– Il vous accusait d’infidélité, je suppose, et vous menaçait de la cruelle publicité d’une action en séparation de corps, n’est-ce pas ?

– Oui.

– Je regrette, madame, de vous poser une question délicate et très personnelle, mais le devoir m’y oblige.

Lacasse demanda :

– Au moment où votre mari vous reprochait votre infidélité, lui étiez-vous vraiment infidèle ?

– Non, maître.

– Et maintenant ?

Angéline hésita.

Rougit de nouveau.

Puis finalement dit :

– Nous nous marions dans quelques jours, Adrien et moi.

Le coroner parla alors :

– Maître Lacasse, je vous prierais de ne pas insister davantage sur le sujet ; madame Prescott nous a très discrètement dit ce que nous voulions savoir.

D’une voix grave et profonde, Lacasse dit :

– Madame Prescott ?

– Maître Lacasse ?

– Avez-vous assassiné votre époux ?

– Non.

– Très bien ; vous pouvez vous retirer.

Le greffier appela : Docile Truro.

La jeune fille était très pâle quand elle pénétra dans la boîte aux témoins.

Après l’assermentation, Lacasse demanda :

– Votre sœur avait peur de son mari ?

– Pourquoi ?

– Parce que si Prescott apprenait les amours clandestins de son épouse, elle craignait qu’il ne la tue.

– C’est la raison pour laquelle vous avez menti en disant qu’Adrien Perron n’était pas en amour avec votre sœur mais avec vous ?

– Oui, mon mensonge avait pour but de protéger Angéline contre son couillon de mari.

– Très bien. C’est tout.

Le témoin suivant fut bâclé brièvement.

Lacasse demanda : :

– Vous êtes en amour avec madame Prescott, monsieur Perron ?

– Oui.

– Ainsi la disparition du mari d’Angéline est providentielle pour vous ?

– Évidemment.

– Avez-vous tué Prescott ?

– Non.

– Vous doutez-vous qui est le meurtrier ?

– Non, pas le moins du monde.

– Bien, vous pouvez vous retirer.

L’avocat déclara alors :

– Qu’il plaise à la cour, cette cause est curieuse à un certain point de vue ; à l’heure actuelle la preuve tend à démontrer que nous sommes en présence d’un vulgaire crime de jalousie, bref d’un crime passionnel. Cependant, à ce stage je puis affirmer que notre prochain témoin va faire changer le mobile du double meurtre.

Se tournant vers les auditeurs, il dit :

– Que le représentant de l’association des assurances s’approche...

Le gérant interviewé la veille par Brien, se leva et marcha vers la boîte aux témoins.

Par Me Lacasse :

– C’est vous qui avez engagé les services de la victime Nadon ?

– Oui, monsieur.

– Pourquoi ?

– Depuis quelques mois, il y avait eu 103 incendies louches. J’ai pris Nadon à mon service pour découvrir le ou les auteurs de ces 103 forfaits.

– Avez-vous donné à Nadon une base, un point de départ... ?

– Oui.

– Quel était-il ?

– Les 103 feux avaient tous été ajustés par la firme Prescott & Lalande.

– S’agit-il en l’occurrence de la victime Prescott ?

– Oui.

– Avant sa mort violente, Nadon vous a-t-il fait des révélations ?

– Oui.

– Lesquelles ?

– Prescott était prêt à vendre pour dix mille piastres le nom de l’incendiaire.

– Oui.

– Avez-vous donné des ordres en conséquence à Nadon ?

– Oui, René Nadon allait justement fixer chez Prescott les derniers détails de l’entente lorsqu’un accident l’a emmené à l’hôpital.

– Selon vous, monsieur, s’agit-il d’un accident préparé d’avance, s’agit-il d’un attentat délibéré pour empêcher votre détective d’obtenir le nom de l’incendiaire ?

– Oui, telle est mon opinion.

– Merci, vous pouvez maintenant disposer.
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