Résumé : Dans quelle mesure l’expérience internationale permet-elle de développer des compétences interculturelles ? Alors que le besoin de compétences interculturelles est souvent affirmé pour des managers internationaux ou des expatriés,








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3.3. Voyager à l’étranger : un effet de seuil pour l’ouverture d’esprit

Enfin, on peut se poser la question de la « quantité », de la « dose » d’expérience internationale nécessaire au développement de la compétence interculturelle. Le tableau 5 présente une comparaison des moyennes obtenues par trois groupes de personnes (celles qui n’ont jamais quitté leur pays ; celles qui ont déjà voyagé à l’étranger mais jamais vécu à l’étranger, et celles qui ont déjà vécu à l’étranger) pour les dimensions de la compétence interculturelle influencées par l’expérience internationale (cf. tableau 4).
Tableau 5 : Comparaison des moyennes de la compétence interculturelle en fonction de l’expérience de déplacement à l’étranger

Moyennes et comparaison de moyennes

Connaissances interculturelles (score obtenu aux incidents critiques)

Ouverture d’esprit

Empathie

Capacité de communica-tion

Meta-cognition

Motivation à comprendre le comportement des autres

Aucune expérience internationale N=84

46

-,47

-,30

-,28

-,32

-,46

A déjà voyagé à l’étranger mais jamais vécu à l’étranger N=181

50


,12


,07


,08

,03

,02

A déjà vécu à l’étranger N=174

55

,11

,07

,04

,12

,20

Echantillon total N=439

51

,00

,00

,00

,00

,00

ANOVA F et significativité

14,46

0,000

12,43

0,000

4,78

0,009

4,06

0,018

5,77

0,003

13,21

0,000

Déviation par rapport à la linéarité : F et significativité

0,032

NS

9,757

0,002

3,749

0,053

4,003

0,046

1,545

NS

2,419

NS



Les résultats montrent que pour les connaissances interculturelles, la progression est linéaire : les personnes qui n’ont jamais quitté leur pays ont les plus mauvais scores en interprétant les incidents critiques, celles qui ont voyagé, des scores intermédiaires, et celles qui ont déjà vécu à l’étranger, la meilleure moyenne. Il en est de même pour deux traits de personnalité, la métacognition et la motivation à comprendre le comportement des autres (qui était d’ailleurs le seul trait qui augmente significativement la connaissance interculturelle).

Pour trois autres traits de personnalité, en revanche, la progression n’est pas linéaire. Le fait d’avoir déjà voyagé à l’étranger joue le rôle d’un effet de seuil. Ainsi, l’ouverture d’esprit est sensiblement plus élevée pour les personnes qui ont déjà voyagé à l’étranger que pour celles qui n’ont jamais quitté leur pays. En revanche, l’ouverture d’esprit ne progresse pas, et régresse même légèrement, chez les personnes ayant vécu à l’étranger. Il en est de même pour l’empathie et la capacité de communication.

Des tests post hoc (Bonferroni) confirment cet effet de seuil pour ces trois traits : les personnes n’ayant jamais voyagé obtiennent des moyennes significativement différentes des deux autres groupes, alors qu’il n’existe pas de différence significative entre les personnes ayant « seulement » voyagé à l’étranger et celles ayant vécu à l’étranger, pour l’ouverture d’esprit, l’empathie et la capacité de communication. Le tableau 6 synthétise ces résultats.
Tableau 6 : Synthèse des résultats : éléments stables et évolutifs de la compétence interculturelle

Eléments évolutifs de la compétence interculturelle

Eléments stables




Impact de l’expérience internationale (coefficient de régression)

Effet de seuil des voyages à l’étranger (déviation par rapport à la linéarité, F et signifi-cativité, le cas échéant)




Connaissances interculturelles

0,064***




Stabilité émotionnelle

Explications complexes du comportement des autres

Confiance en soi

Ethnocentrisme

Motivation à comprendre le comportement des autres

0,062***




Ouverture d’esprit

0,058***

9,757**

Empathie

0,031**

3,749+

Métacognition

0,024*




Capacité de communication

0,015*

4,003*

*** significatif au seuil de 0,001 ; ** significatif au seuil de 0,01 ; * significatif au seuil de 0,05 ; significatif au seuil de 0,1.
Les connaissances interculturelles et la motivation à comprendre le comportement des autres sont significativement influencées par le nombre de langues parlées (cf. tableau 4). En arrondissant l’indicateur du nombre de langues parlées à un chiffre entier, une comparaison de moyennes peut être calculée. Les moyennes sur les traits de personnalité et les connaissances interculturelles progressent de manière assez linéaire avec le nombre de langues parlées (linéarité significative ; déviation par rapport à la linéarité non significative), sauf pour la capacité de communication (déviation par rapport à la linéarité significative). Les personnes interrogées évaluent leur capacité à communiquer comme correcte (0,04) lorsqu’elles ne parlent qu’une seule langue. Ensuite, leur compétence (ressentie) fléchit : les personnes parlant deux ou trois langues au total s’évaluent en dessous de la moyenne (-0,05 ; -0,07). Enfin, les personnes parlant quatre langues ou plus considèrent leur capacité à communiquer comme nettement supérieure à la moyenne (0,22 ; 0,84).

Ces résultats pointent vers une prise de conscience des personnes « apprenant l’international » : les personnes qui se sont confrontées à l’international et aux langues étrangères, sans pour autant être des experts en la matière, se rendent compte de leurs propres limites, et sont plus lucides sur leurs propres compétences interculturelles que celles qui ne parlent pas de langues étrangères du tout, et qui ont peu évolué dans un contexte international.
Nos résultats rejoignent ceux de Bourjolly et al. (2005), qui concluent également sur un processus d’acquisition de la compétence interculturelle non linéaire. Cette non-linéarité de la progression de l’ouverture d’esprit, de l’empathie et de la capacité de communication perçue est cohérente avec une conceptualisation d’un processus d’apprentissage de la compétence interculturelle qui passe et débute par une prise de conscience des différences culturelles (Hofstede, 1994). Nos résultats mettent également en avant le rôle des voyages à l’étranger pour l’acquisition de la compétence interculturelle. Hendry (1996) regrette que peu de chercheurs se soient penchés sur les voyages touristiques comme possibilité d’acquisition de la compétence interculturelle. Cette étude pallie pour partie ce manque, et montre comment les voyages à l’étranger peuvent initier un processus d’apprentissage.
Conclusion, Apports et limites de la recherche
Pour paraphraser le lien entre expérience interculturelle et compétence interculturelle, on pourrait effectivement le résumer par « toujours plus loin, toujours plus haut ». Notre étude montre que plus une personne a une expérience internationale importante, plus elle possède également une compétence interculturelle. Les personnes ayant vécu dans plusieurs pays étrangers sont également celles qui ont la meilleure compréhension de contextes culturels variés, et la meilleure interprétation de situations interculturelles.

Néanmoins, ce lien n’est ni simpliste, ni linéaire. La compétence interculturelle est un concept complexe et multidimensionnel, incluant aussi bien des traits de personnalité que des connaissances et des comportements. Ces éléments sont liés les uns aux autres, mais recouvrent des aspects bien distincts. Ainsi, le fait de posséder certains traits de personnalité considérés par la littérature comme associés à la compétence interculturelle, comme l’ouverture d’esprit ou l’empathie, n’a pas d’impact significatif sur la bonne compréhension de situations interculturelles. L’expérience internationale a une influence positive sur les connaissances interculturelles et sur certains traits de personnalité liés à la compétence interculturelle (comme la motivation à comprendre le comportement des autres et la métacognition) mais pas sur d’autres (notamment la stabilité émotionnelle, la confiance en soi et l’absence d’ethnocentrisme). Et même pour les éléments influencés par l’expérience, l’impact reste faible : l’expérience internationale n’explique qu’environ 5% de la compétence interculturelle ! La compétence interculturelle n’est donc que très partiellement apprise grâce à l’expérience internationale.

Par ailleurs, cette recherche montre qu’il existe des effets de seuil dans la progression de l’apprentissage de la compétence interculturelle. De simples voyages à l’étranger déclenchent une forte augmentation de l’ouverture d’esprit et de l’empathie, alors que ces traits ne sont pas plus marqués pour les personnes ayant une expérience internationale plus importante (qui ont vécu à l’étranger). Parallèlement, les personnes parlant deux ou trois langues évaluent leur capacité de communication comme moins bonne que les personnes ne maîtrisant aucune langue étrangère. Ces deux résultats confirment l’idée d’une prise de conscience (de l’existence et du rôle des différences culturelles) comme étant une étape clé dans le processus d’apprentissage.
Notre recherche peut être utile aux chercheurs comme aux praticiens. Au niveau de la recherche en management international et management interculturel, il manque aujourd’hui une conceptualisation et des mesures claires de la compétence interculturelle, et notamment des approches intégrant plusieurs dimensions de ce concept. Cette étude participe à palier ce manque. Elle montre la nécessité de bien distinguer les différentes dimensions, qui ne se recoupent que très partiellement. Les résultats montrent aussi que l’impact de l’expérience internationale sur la compétence interculturelle est faible, ce qui contredit pour partie la littérature existante. Les effets de seuil découverts aident à comprendre comment une « prise de conscience des différences culturelles » peut être déclenchée, et se manifester, dans la pratique, et affinent donc notre compréhension du processus d’apprentissage de la compétence interculturelle.
Au niveau de la pratique du management international, les apports de nos résultats se situent principalement dans le domaine de la gestion internationale des ressources humaines. Ils représentent notamment une clarification des critères de recrutement et de sélection de managers internationaux ou d’expatriés. Ils montrent qu’on ne peut pas simplement conclure de l’expérience internationale d’une personne sur ses compétences interculturelles. Dans le même sens, des personnes très ouvertes d’esprit peuvent avoir une mauvaise compréhension de situations interculturelles du fait de manque de connaissances des cultures concernées. Il paraît de ce fait assez illusoire de vouloir mesurer une compétence interculturelle « générale » dans un contexte professionnel de recrutement ou d’évaluation. Mieux vaut bien distinguer les critères particuliers souhaités, comme la connaissance de la culture de destination pour un futur expatrié, ou la motivation à comprendre le comportement des autres pour le responsable d’une équipe interculturelle. Mais il ressort clairement des résultats qu’un « minimum » d’expérience internationale (par exemple, quelques voyages à l’étranger) est indispensable pour une prise de conscience et un début d’apprentissage de la compétence interculturelle. Les apports managériaux de la recherche sont synthétisés dans le tableau 7.
Tableau 7 : Apports managériaux de la recherche

Activité RH

Postes concernés

Enseignements de l’étude

Recrutement

Tous postes à dimension internationale

L’expérience internationale ne permet que très partiellement de préjuger de la compétence interculturelle

De premières expériences internationales sont indispensables pour garantir un minimum de compétence interculturelle

Sélection

Manager international

Evaluation de la compétence interculturelle à travers :

- outils psychométriques / traits de personnalité

- assimilateur de culture multiculturel / connaissances liées à de nombreuses cultures différentes, capacité à comprendre des situations variées




Expatrié

- assimilateur de culture monoculturel / connaissances spécifiques au pays d’accueil

Formation, développement




Favoriser la mise en situation interculturelle à travers des voyages



La principale limite de cette recherche réside dans la faible capacité des données relevées à expliquer la compétence interculturelle. Si l’expérience internationale n’explique qu’à hauteur de 4 à 6% la compétence interculturelle, quels en sont alors les principaux déterminants ? Des variables de contrôle manquant à notre étude sont le niveau de formation, le milieu socio-culturel, ainsi que d’autres éléments de contexte qui pourraient permettre de mieux comprendre les différences de niveau de compétence interculturelle. Par ailleurs, s’il est certainement intéressant de formaliser ces concepts dans des méthodes quantitatives pour faire avancer la connaissance sur le sujet, des études empiriques qualitatives, voire ethnographiques seraient aussi nécessaires pour mieux comprendre dans quels contextes, et par quels mécanismes des personnes développent des compétences interculturelles. Nos résultats reflètent sûrement en partie les faiblesses des méthodes quantitatives à saisir des situations et concepts complexes. Une autre limite de notre recherche réside dans la possible circularité de nos raisonnements. La compétence interculturelle est, certes, influencée par l’expérience interculturelle – mais ne serait-il pas probable que les personnes qui possèdent des compétences interculturelles et qui sont les plus ouvertes aux cultures étrangères sont aussi celles qui se déplacent le plus à l’étranger, et cumulent volontairement les expériences internationales ?
Plusieurs voies de recherche futures se dégagent. Premièrement, il serait intéressant de pouvoir mettre en parallèle les compétences interculturelles et les performances en situation interculturelle, en combinant des mesures comme celles utilisées ici avec des critères de performance objectifs, ou une évaluation par autrui. Comme mentionné ci-dessus, la confrontation de données qualitatives (obtenues grâce à des entretiens semi-directifs ou l’observation directe) avec des données quantitatives permettrait sûrement de mieux comprendre les questions abordées ici. Puis, en se penchant sur les déclencheurs et catalyseurs de l’apprentissage interculturel, il conviendrait de compléter l’expérience internationale par différents types de formations à l’interculturel, et de préciser éventuellement les expériences internationales en fonction de l’implication émotionnelle ou du degré de confrontation aux différences culturelles. Des expériences interculturelles impliquant émotionnellement les personnes concernées et les amenant à se poser des questions sur leurs propres codes culturels et ceux des autres, entrainent très probablement un apprentissage interculturel plus important qu’un bref séjour dans un club accueillant uniquement des touristes qui se trouvent coupés du contexte local. Enfin, il serait intéressant mesurer les compétences interculturelles d’un panel d’individus dans une étude longitudinale. Notre étude ne permet pas de conclure sur le processus d’acquisition de la compétence interculturelle par une même personne. Mesurer les compétences interculturelles d’une personne à un moment t, puis répliquer la même mesure à un instant t+1 tout en relevant les expériences internationales, évolutions et formations vécues par cette personne depuis, devrait apporter des enseignements intéressants. Dans l’ensemble, les compétences interculturelles sont encore insuffisamment connues, alors que leur enjeu est important. Développer des recherches qui incluent des données empiriques serait utile pour les chercheurs comme pour les praticiens.
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